• Thursday, May 4 2017
  • Daniel Jiménez
  • Analysis
  • Geopolitics
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Abstract

Depuis 2011, dans la quasi-totalité des pays arabes, les protestations de masse mettant fin à l’idée tant répandue de l’exceptionnalisme arabe se sont soldées, à la surprise de tous, par la chute de 4 dictateurs (Tunisie, Égypte, Libye et Yémen) et par la précipitation des réformes politiques dans bon nombre de pays de la région. Ces changements, dans leur réalisation précipitée et improvisée, sans véritable programme ni stratégie, n’ont pas abouti à de réelles transformations des régimes en place. Pis encore, dans certains cas, on a assisté à l’exaspération de luttes intestines, l’apparition d’entités inédites (« État » Islamique) et à de véritables implosions (Libye, Syrie).

Le « printemps arabe » en tant que nouveau mouvement social, déborde les « conflits de classes » à proprement parler. Ce qui est visé par les nouveaux acteurs du printemps arabe est moins la prise de pouvoir qu’une autre vision « du politique et des rapports de pouvoirs ». Les revendications se situent davantage sur le terrain de la vie quotidienne et de la culture, de l’identité, ce qui explique parfaitement le caractère diffus et fragmentaire de ce mouvement et de ses revendications.

Une importante déception n’a cessé de gagner de larges pans de population qui ont vu le « printemps » se muer en un « hiver » insupportable. Ce qui amène certains à douter de la genèse de cette dynamique (interne/externe) qui a secoué comme un « tsunami » une bonne partie du monde arabe.

Un regard rapide sur la région MENA, révèle un paysage désolant : une force islamiste nouvelle, semant la terreur, appelée abusivement « État » islamique phagocytant à une rapidité déconcertante des espaces de plus en plus larges d’Irak et de Syrie avec une capacité de mobilisation foudroyante, un Irak, théâtre d’une lutte intestine entre les 3 factions politiques (Shia, Sunna, Kurde), une Syrie en proie à une guerre civile dont on ne voit pas l’issue et dont les acteurs externes se montrent très divisés, une Égypte où les militaires sont revenus au levier de commande, un jeu d’influence entre les puissances régionales (Iran, Arabie Saoudite, Qatar, Turquie), Israël qui continue d’élargir sa colonisation dans les territoires occupés et qui livre une guerre asymétrique à l’égard d’une population palestinienne entassée dans un camp de concentration à ciel ouvert, une Europe obnubilée par le cas ukrainien et des États-Unis, velléitaires d’une hégémonie tous azimuts, pesant de tout leur poids dans cette région.

En effet, depuis, le début du XXIe siècle, la Méditerranée connaît, à rebours, une accélération de son histoire et ce, à la fois sur le plan de ses composantes identitaires, de ses espoirs dans sa cohésion sociale et régionale, de ses modèles de développement, et de son poids sur l’échiquier international. Le paradoxe est que la région MENA vit une sorte de schizophrénie, un passé glorieux et rayonnant et une réalité prégnante maussade et déprimante.

L’approche adoptée dans cet essai se veut multidimensionnelle, faisant appel à la fois a) à l’histoire récente de la région euro-méditerranéenne, b) aux enjeux géostratégiques où il n’est pas toujours facile de trancher entre les intérêts et les principes ; entre le discursif et l’action, c) au retour aux faits, dans leur configuration à la fois descriptive et analytique, d) à une quête du maximum d’objectivité subjectivement possible.

Il s’agira, en fait, d’aller au-delà de l’analyse au jour le jour des évènements que connaît la région et de tenter d’en saisir ce que nous appellerons « les dynamiques structurantes ainsi que les causes qui en sont à l’origine ». Sur le plan méthodologique, et au-delà d’une description aussi minutieuse que possible des faits, il y a à relever trois principaux déterminants, explicatifs, en dernier ressort, de l’état de léthargie sinon d’explosion manifeste et latente que vit la région MENA, à savoir : a/ la manne pétrolière, qui, à la fois, génère des revenus colossaux, destinés en grande partie à l’achat d’armes, et profite peu aux populations « bénéficiaires », faisant de cette région le théâtre d’intérêt particulier soutenu par des acteurs externes ; b/ L’échec des processus de modernisation dans les pays de la région a obligé une bonne partie de la population, et même de l’intelligentsia locale, à des replis identitaires, plus ou moins radicaux ; enfin c/ Le tout sur le fond d’un conflit dont l’usage politique va de l’instrumentalisation à des réalités têtues (la guerre inégale entre Israël et Palestiniens).

La fragmentation et la confrontation dans cette région sur un fond de rivalités politiques et d’actes de violence, ne peuvent être saisies dans toute leur ampleur, sans la prise en considération de ces trois composantes qui souvent se chevauchent, se superposent, s’entrecroisent, se neutralisent, au gré des enjeux et des rapports de force entre les acteurs externes et entre les velléités des forces locales et régionales en présence.

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